liminaire

oeuvre de beauté et de foi, témoignage de la pureté romane et de la patience bénédictine, l'abbatiale de Guîtres, blanche et noble, sur sa terrasse dominant la vallée de l'Isle, est à juste titre regardée comme l'un des plus admirables monuments d'Aquitaine. Les siècles nous l'avaient léguée ; notre siècle l'a réparée ; c'est chose heureuse. Son architecture qui nous ravit, qui nous accueille, qui nous invite à la pensée, est porteuse d'un message de durée et de sérénité ; elle nous parle, par-dessus les vicissitudes de l'histoire, de paix et d'espérance.


Or, désormais, l'abbatiale de Guîtres va faire mieux encore que nous parler ; ses pierres, par la voix de son orgue, vont chanter.

La résurrection des orgues, partout en France, est un des phénomènes les plus remarquables de la vie culturelle dans les années récentes.

Je sais ce qu'il faut d'initiative et de volonté, d'efforts persévérants, de générosités privées jointes aux aides publiques, pour restaurer des orgues historiques ou doter une église d'un orgue nouveau.

Mais quel résultat ! Mais quel succès ! Des constructions superbes, magnifiées par les accents de la musique sacrée ! Cette musique elle-même, l'une des formes d'expression les plus hautes, sauvée du silence et transmise, avec toute sa puissance d'élévation, aux générations nouvelles ! Et les foules reprennent le chemin de ces grands édifices religieux, honneur au patrimoine national, afin d'y bénéficier de cette union sublime de deux arts qui glorifient la Création.

Dans cette renaissance, Guîtres a sa part. Guîtres est un exemple. Et tous ceux qui, à quelque titre, par leur décision, leur offrande, leur savoir, leur labeur, ont fait que la musique d'orgue puisse emplir les blanches voûtes de la célèbre abbatiale, tous doivent être félicités. Ils ont participé à une belle oeuvre.


Janvier 1978,

Maurice DRUON
De l'Académie française


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